
Le récent mouvement des lycéens a permis aux médias d’évoquer l’idée d’une génération sacrifiée. Cette idée apparaît aussi dans la réponse des jeunes à différentes enquêtes.
Cet éditorial tient à préciser certaines choses qui seront utiles aux jeunes qui voudront bien le lire. Elle apaisera sans doute les plus anciens qui trouvent l’expression exagérée par rapport à ce qu’ils ont vécu. Il amènera, nous l’espérons, chaque génération de la société française à faire un pas l’un vers l’autre. L’expression est effectivement exagérée voire négationniste par rapport à la situation de ceux qui ont vécu la guerre, qui n’ont pas été au lycée et dont les parents n’avaient ni voiture, ni téléviseur et encore moins de téléphone portable dernier cri que l’on peut exhiber aujourd’hui pour montrer que l’on est branché.
Elle est exagérée par rapport aux mineurs qui ont extrait le charbon pour nous chauffer ou par rapport aux OS qui ont travaillé sur les chaînes pour produire nos voitures. On peut dire que les génération X Y ou Z ont aujourd’hui tout sauf l’essentiel.
Aujourd’hui, Ils ont tous sur le plan matériel. Leurs parents n’hésitent pas à répondre à leurs exigences matérielles et le font souvent par ce que les autres parents le font sans percevoir qu’ils en font des enfants gâtés.
Pourtant leur sacrifice est bien réel mais il est tout autre. Ils sont surtout victimes de la pression de la société qui veut en faire des consommateurs absolus courant après le temps dans le cadre de leur travail. Leurs parents relaient souvent cette pression en exigeant qu’ils réussissent absolument leurs études ou en choisissant des activités extra-scolaires destinées à les occuper tout le temps ou à renforcer leurs compétences. Ils sont incités par tous les médias numériques à accéder au monde des adultes et à vivre en temps réel. Ils ont surtout perdu tous les repères dont leurs parents ont pu bénéficier pour faire des choix leur assurant une certaine stabilité psychique et donnant un sens à leur vie.
Précisons enfin qu’il y a toujours en la matière une certaine forme de relativisme autrement dit que chaque génération a le sentiment d’être sacrifiée par rapport aux précédentes. C’est de bonne guerre. Cela permet de poser une question de fond beaucoup plus importante.
La génération des lycéens est-elle réactionnaire ou révolutionnaire ?
Autrement dit est-elle nostalgique d’une génération dorée qu’elle voudrait retrouver ou est-elle à la recherche d’un homme nouveau qui ferait table rase du passé pour proposer un avenir prométhéen. Est-elle capable enfin de dépasser ces deux positions dangereuses sur le plan politique pour participer à la recherche d’un bien commun concernant toutes les générations passées et futures.
Ce qui est sûr pour l’instant est qu’ils auront du mal à faire pour leurs enfants ce que leurs parents ont fait pour eux sur le plan matériel. Ils en auront d’ailleurs peut-être de moins en moins. La forme qu’a pris leur revendication et leur discours est cependant révélateur de leur volonté de participer à la construction de ce bien commun qui doit-être enseigné dans le lycée du futur. Cela devrait être là l’enjeu d’une éducation, qui selon Edgard Morin, devrait s’orienter au lycée vers un apprentissage à vivre.
Il ne s’agit bien sûr pas d’une question de moyens pour enseigner mais une question de fin à donner au lycée.
Laisser un commentaire